Fémin’histoire #12 : Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt

La révolutionnaire guidant le peuple

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  Il n’y a pas que les grands hommes qui ont fait la Révolution française, et pour preuve, bien des femmes, dont les noms ont été oubliés, se sont engagées politiquement durant cette période de l’histoire de France. Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt figure, aux côtés d’Olympe de Gouges, parmi les personnalités révolutionnaires féministes les plus actives de son temps. Retour sur le parcours de cette militante du XVIIIème siècle qu’on a trop rapidement réduite au silence.

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Crédits photo : http://www.parisrevolutionnaire.com

Une jeunesse très mobile

  Née en 1762 à Marcourt dans l’ancienne principauté de Liège, correspondant aujourd’hui à la province de Luxembourg, Anne-Josèphe Théroigne grandit dans une famille de paysans propriétaires. Suite au décès de sa mère Elisabeth Lahaye, elle est élevée par ses tantes, puis dans un couvent. A douze ans, elle revient chez son père, qui s’est remarié entre-temps, pour un séjour de très courte durée : elle fuit sa belle-mère pour devenir vachère à 14 ans, puis servante dans une maison bourgeoise. A 17 ans, elle se fait remarquer par madame Colbert, une femme du monde, qui fait d’elle sa dame de compagnie à Anvers. Pendant quatre ans, Anne-Josèphe acquiert une excellente éducation : grâce à sa bienfaitrice, elle apprend à lire, écrire, jouer de la musique et chanter.

  C’est justement ces nouveaux talents qu’elle souhaite mettre en valeur en montant à Paris. Elle déménage ensuite à Londres, où elle devient chanteuse, et en Italie, où elle se laisse aller à plusieurs aventures avec des hommes qui l’entretiennent, dont Giusto Fernando Tenducci qui lui promet une carrière de cantatrice. A Naples, elle apprend finalement la convocation par Louis XVI des Etats généraux en France. La nouvelle la convainc de retourner à Paris, le 11 mai 1789.

La révolution d’une femme

  Une toute nouvelle vie commence pour la jeune femme, fébrile à l’idée qu’une révolution se prépare en France. Engagée en faveur de la liberté, Anne-Josèphe Théroigne pose ses bagages à Versailles afin de ne rien rater des tribunes de l’Assemblée constituante. Les débats la fascinent et elle se distingue rapidement dans les tribunes par son costume d’amazone, qu’elle possède en noir, en blanc et en rouge – cette dernière couleur lui vaudra d’ailleurs le surnom de « L’Amazone rouge ».

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Crédits photo : Wikipédia

  Les 5 et 6 octobre 1789, pendant les « grandes journées » de la Révolution, des milliers de femmes se rendent à Versailles pour ce qui deviendra la Marche des femmes. Bien que sur place, Anne-Josèphe ne participe pas aux manifestations, qui consistent à faire entendre les revendications du peuple français à Louis XVI et Marie-Antoinette. Suite à ces évènements, la famille royale et l’Assemblée constituante se déplacent à Paris. Anne-Josèphe Théroigne s’installe elle aussi dans la capitale et ouvre son propre salon intellectuel, fréquenté par l’abbé Sieyès, Pétiot, ou encore Camille Desmoulins, qui sont tous des révolutionnaires. En 1790, elle fonde également une société patriotique, « Le Club des Amis de la Loi », avec le mathématicien Charles-Gilbert Romme.

  Ses convictions politiques et ses fréquentations font d’elle la cible parfaite des contre-révolutionnaires. Surnommée Théroigne de Méricourt par un journaliste peu sympathique, en référence à son village natal de Marcourt, la jeune femme subit calomnie sur calomnie. De nombreuses personnes lui prêtent une personnalité sulfureuse et un auteur de l’époque ira même jusqu’à utiliser son nom pour publier un texte érotique. Le complet visiblement misogyne autour de Théroigne de Méricourt devient de plus en plus oppressant et finit par pousser la révolutionnaire à retourner dans son pays natal.

Un activisme politique suivi d’un lent déclin

  Mais ce retour sur son territoire d’origine n’est pas de tout repos pour Anne-Josèphe. En février 1791, elle est arrêtée par des aristocrates autrichiens car soupçonnée de vouloir assassiner la reine Marie-Antoinette. Après neuf mois éprouvants d’emprisonnement et d’interrogations, elle retrouve enfin sa liberté grâce à l’empereur Leopold II, qui la juge innocente dans cette histoire. Elle rejoint Paris, mais voit son état physique et mental sensiblement dégradé suite à son enfermement en Autriche. Cette anecdote contribuera à faire d’elle une figure courageuse et populaire de la Révolution française.

  Mais dans un premier temps, l’épreuve qu’elle a traversée en Autriche la rendra encore plus forte et déterminée dans sa révolte. En 1791, elle rejoint les Jacobins, se revendique républicaine et s’oppose fermement aux royalistes et aux bourgeois – ces derniers estimant que le rôle de la femme est de rester au foyer, une vision qu’Anne-Josèphe condamne fermement. La révolutionnaire prône au contraire l’égalité civile et politique pour les femmes. En mars 1792, suite à la pétition signée par 320 parisiennes demandant le droit de former une garde nationale féminine, Théroigne de Méricourt incite les Françaises à s’organiser en corps armé et déclame cette phrase célèbre : « Brisons nos fers, il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps ». Le militantisme d’Anne-Josèphe est alors à son apogée.

Portrait d’Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt à la Salpêtrière, en 1816
Crédits photo : Wikipédia

  Cependant, ces heures de gloire et d’espoir ne sont encore une fois que de courte durée. En 1793, elle est accusée par des femmes jacobines de soutenir Brissot, le chef de file des Girondins. Anne-Josèphe est alors dénudée puis fessée publiquement. L’agression prend fin grâce à l’intervention de Marat, mais le traumatisme demeure. Sa santé mentale se détériore progressivement, certains expliquent la folie de Théroigne de Méricourt par l’agression dont elle a été victime par les Tricoteuses, d’autres pensent que la maladie vénérienne dont elle souffrait y était pour beaucoup.

  Quoi qu’il en soit, c’est à cet instant que le lent déclin de l’Amazone rouge commence : en 1794, son frère, accablé par l’état de la jeune femme, demande son internement à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. Cet enfermement à l’asile durera 23 longues années pendant lesquelles elle. Bien que fortement mise à l’épreuve, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt aura eu la chance de ne pas subir le sort funeste de sa camarade Olympe de Gouges. Plusieurs années après sa mort à la Salpêtrière en 1817, elle connaît une renaissance grâce au peintre romantique Eugène Delacroix, qui s’inspire d’elle pour la figure féminine de son célèbre tableau La Liberté guidant le peuple. Conquérante, courageuse et engagée – tels sont les traits de caractère représentés dans l’œuvre désormais installée au Louvre qui conviennent parfaitement pour décrire le personnage historique d’Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt.

Virginie CARDOSO

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